L’histoire secrète

UNE HISTOIRE SECRETE
L’intérêt réciproque des Sétois pour les Américains date des années 60, quand Hervé Di Rosa et Robert Combas sympathisaient avec Keith Haring, Jean-Michel Basquiat, Kenny Scharf avec lesquels ils partageaient, comme l’écrit le critique d’art Otto Hahn, une «vitalité joyeuse». Les artistes sétois ne résistent pas à cet attrait. Depuis les premiers «cow-boys» de la Figuration libre jusqu’aux sculpteurs sonores d’aujourd’hui, ils ne cessent de porter leur regard sur l’Amérique, racontent des histoires sur fond de western, nourrissent des mythes hollywoodiens, inventent des personnages et des décors californiens. Ils s’inspirent des comics, des super héros, du street art, utilisant l’art pour abolir les frontières. Les afinités, correspondances et similitudes entre artistes sétois et angelinos dépassent toutefois ce «goût de l’Amérique» et cet esprit anti conformiste. C’est en fait toute une histoire secrète, celle de la contre-culture, qui relie les deux scènes artistiques.

Dans l’histoire de l’art contemporain français, Sète fait figure d’exception. A l’époque où Paris et son école des Beaux-Arts bannissaient la peinture, ses couleurs et son expressionnisme, reléguant la figuration aux oubliettes de l’Histoire et brandissant le concept comme un absolu, la petite ville rebelle inventait la « figuration libre». Ce mouvement, aux antipodes de l’art cérébral et abstrait des années 70, prit le parti, la «liberté», de faire « figurer» toutes formes d’art, sans frontière de genre et d’origine géographique, sans hiérarchie de valeurs entre haute et sous-culture, sans distinction entre beaux-arts et arts appliqués. Outre l’art brut, les pionniers de la figuration libre revendiquent leur démarche comme celle d’artisans des « arts populaires », inventeurs de monstres et robots (Hervé Di Rosa), s’inspirant de Mickey Mousse comme de la science-fiction, de l’imagerie africaine et de la culture des banlieues (Robert Combas). Ils puisent dans cette culture populaire, ce qu’on appelle parfois Outre-Atlantique sub-culture, des sources d’inspiration appréciables par tout le monde, loin des références rafinées des «connaisseurs» de l’art contemporain.

Une attitude comparable caractérise la naissance de la scène artistique angelinos. A l’heure où New-York dominait avec le Pop art, l’expressionnisme abstrait, bientôt le minimalisme, Los Angeles s’affranchissait de tous ces courants et s’aventurait vers des territoires nouveaux, revendiquant la suprématie de la matière sur l’idée, du savoir-faire sur l’abstraction. Ed Kienholz, Larry Bell, Ed Ruscha, Dennis Hopper, Barbara Kruger, ces « rebels in paradise » comme les décrit l’historienne de l’art Hunter Drohojowska- Philp, proposaient un art radicalement nouveau, une création dissidente de la culture mainstream et d’Hollywood, constitué de style singuliers ( nish fetichism, light and space, LA cool etc).

Les deux villes devaient se rencontrer. Le contact passa d’abord par la curiosité des Sétois qui, le regard tourné bien au-delà de New-York, s’intéressèrent à Los Angeles et sa contre- culture — performers, groupes de musique punk, artistes de rue, séries B, fanzines. Agnès Varda lança le mouvement, qui s’installa dès les sixties en Californie, consciente des mouvements d’avant-garde qui s’y exprimaient alors. Après avoir consacré un film aux Black Panthers à Oakland, la cinéaste partit à la rencontre des «murals» qui apparaissaient alors dans les quartiers interlopes de Los Angeles — Venice Beach, South Central, Downtown. Robert Combas se passionnait pour le punk californien, Hervé di Rosa sympathisait avec Jim Shaw, Stéphan Biascamano revisitait le cinéma expérimental et les séries B de l’époque.

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